Avis de recherche
Discours du 6 novembre

En cherchant des textes parmi mes livres pour cette matinée de lecture, je regardais tous ces « morts » – je mets de grosses guillemets autour du mot mort – tous ces morts dans ma bibliothèque, en me disant qu’ils nous manquaient beaucoup les Victor Hugo, Blaise Pascal, Paolo Pasolini, Georges Bernanos, Günther Anders, La Fontaine, Pablo Neruda, Josef Brodsky et bien d’autres et tant d’autres. Puis, je me suis demandé : mais pourquoi te manqueraient-ils puisqu’ils sont bien là sur tes étagères ? Et à qui pourraient-ils manquer ? Certainement pas à ceux qui aujourd’hui comme hier sont persuadés qu’ils ne manquent de rien, certainement pas à ceux à qui ce monde fournit tout ce dont ils croient avoir besoin. Et ainsi tout le monde est content. Le satisfait est satisfait et moi, l’insatisfait, je peux tendre la main dans ma bibliothèque pour y déguster le miel de mon insatisfaction.
Je pourrais aller jusqu’à dire que c’est une malédiction d’avoir rencontré ces écrivains et ces penseurs qui n’ont fait qu’enchérir, que surenchérir sur mon insatisfaction. Sans doute, si je m’étais moins fatigué les yeux dans leurs livres, je ne serais pas là parmi vous. Je serais tranquillement assis au chaud dans un bar ou au cinéma ou peut-être en train de fouiner dans une bibliothèque. Peut-être ne suis-je là parce que je les ai mal compris, tous ces écrivains et penseurs ? Comme on comprend souvent très mal Montaigne quand il écrit que « Philosopher, c’est apprendre à mourir » parce qu’il veut nous dire exactement le contraire. Il nous dit qu’il s’agit d’intégrer cette vérité, il s’agit de comprendre (c’est-à dire de prendre avec soi), de faire sienne cette vérité pour ne plus y penser et se lancer sur la route de la vie. Ajoutons un zeste de Spinoza à cette affaire : « L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort et sa sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie ».
La liberté et la vie. C’est un beau couple. Mais un couple tapageur, Un couple qui dérange souvent ses voisins à cause de ses scènes de ménage ou parce qu’il se met en colère alors qu’on veut lui enlever ses enfants. Et c’est vrai que les mariés mort et soumission font moins de bruit. On n’aime pas trop les croiser dans l’escalier le soir, ils vous glacent le sang et on a peur de les bousculer par mégarde. Mais Madame Mort et Monsieur Soumission sont d’un calme ! C’est reposant. Certes, ils ne disent bonjour à personne et on ne voit jamais ressortir ceux qu’ils reçoivent chez eux. Mais, on peut au moins espérer qu’ils ne se reproduisent pas, qu’ils ne se perpétuent pas.
Beaucoup de personnes ont beau jeu de nous répliquer parce qu’on réclame la liberté que celle-ci s’arrête là où commence celle des autres. Ils ont bien appris leur leçon. Ils ne cherchent pas à comprendre ce que cela signifie. Et ils vous lancent ce sophisme en vous tournant le dos, en s’enfuyant, contents d’eux-même. Ils ne vous laissent pas le temps de répliquer. Et j’en profite aujourd’hui pour leur répondre à tous ceux-là. Je leur réponds que si je voyais où commence la liberté chez eux, nul doute que je n’irais pas marcher sur leurs plates-bandes. Mais, ce n’est pas leur petit jardin secret qu’on piétine en manifestant comme on le fait aujourd’hui ou en tractant contre le pass sanitaire ou la vaccination obligatoire. Non, c’est leur mauvaise conscience éprise de servitude, leur docilité, leur asservissement que nous venons titiller. La seule liberté qu’ils se permettent, c’est celle de contester le droit des autres à réclamer cette liberté qu’ils ont eux-même abandonnée.
Oui, finalement, tous ces gars (oui, désolé, il n’y a pas de filles !) à l’étroit dans ma bibliothèque me manquent. Ils me manquent parce que comme l’écrivait en 1946 Georges Bernanos : « Oui, le simple exercice de la pensée devient chaque jour plus difficile, car le monde concentrationnaire en formation dans lequel nous vivons nous impose déjà de penser par masse, grâce à l’énorme développement de cette propagande en face de laquelle la pensée libre se trouve dans une situation analogue à celle du plus modeste artisan devant la grosse industrie. Oui, le temps va venir, si nous n’y prenons garde, où la prétention d’un homme à penser librement paraîtra non moins absurde que nous paraîtrait l’illusion d’un brave mécanicien s’efforçant de fabriquer à la main des automobiles dans le but de concurrencer M.Ford. Et d’ailleurs, pour la même raison. Car la pensée libre coûte déjà très cher, et en certains pays, elle est même hors de prix, elle coûte la vie. ».
Nous y sommes : le brave mécanicien, il est en Chine, esclave sur les chaînes de montage des usines occidentales délocalisées et le penseur à son rond de serviette chez Pascal Praud ou sur BFMTV. Pascal Praud, un ancien commentateur de foot qu’on a promu Gorgias, un Gorgias qui ne reçoit jamais Socrate de peur d’être mis face à son ignorance.
Le penseur, l’écrivain contemporain n’est pas parmi nous. Il ne viendra pas prendre ce micro après moi. Pare que le penseur ou l’écrivain contemporain a oublié ce que disait Jean-Paul Sartre à son propos. Pour être honnête, je pense qu’il n’a jamais su ce que Sartre écrivait, je cite : « Si l’écrivain fait de la littérature, c’est-à-dire s’il écrit, c’est parce qu’il assume la fonction de perpétuer, dans un monde où la liberté est toujours menacée, l’affirmation de la liberté et l’appel de la liberté.
Un écrivain qui ne se place pas sur ce terrain est coupable ; non seulement il est coupable, mais il cesse bientôt d’être écrivain ».
Il n’y a donc plus d’écrivain aujourd’hui, si je suis le raisonnement de Sartre. Sont-ils écrivains ceux qui acceptent de se rendre dans les salons du livre, dans les bibliothèques et même lors de rencontres ou dédicaces en librairie, tous lieux où l’on exige le pass sanitaire ?
Ils ne sont plus écrivains. Il sont autre chose. Ils sont la source de mon amertume surtout. L’écrivain n’est pas seulement un écrivain, il est une « institution » qui a fait de la France ce qu’elle est, qui a grandement contribué à sa réputation, à sa grandeur dans le monde entier. Mais, voilà comme toutes les institutions en France, l’institution « littérature » s’est effondrée. La France est effondrée, elle est à terre sous le joug de Napoléon le minuscule, Napoléon le ridicule et sa cour de petits marquis. Je fais référence ici à Victor Hugo l’exilé politique qui appelait Napoléon III, Napoléon le Petit.
Michel Houellebecq qui serait, paraît-il, notre grand écrivain, il faut dire qu’il a bien la sale tête de notre époque, il en a la même constitution malade, Michel Houllebecq s’il est parti vivre en Irlande, c’est comme exilé fiscal. De Hugo à Houellebecq, d’un exil l’autre. Houellebecq a été fait Chevalier de la Légion d’honneur par Macron. Décoration qu’il a acceptée. 400 personnes ont assisté à la remise de la rosette. Quand vous acceptez les honneurs d’un régime, vous en acceptez les horreurs, vous les cautionnez.
Lorsqu’il fut demandé au général de Gaulle s’il était opportun de procéder à l’arrestation de Jean-Paul Sartre, celui-ci se récria « On n’arrête pas Voltaire ! ». Aujourd’hui, aucun écrivain ne risque d’être placé sous mandat d’arrêt, non. Il n’y a qu’une seule procédure qu’un juge puisse lancer à l’égard de l’écrivain et c’est un avis de recherche.
PS : pour être juste, je signalerai qu’il y a quelques écrivains – mais à vrai dire, ils sont plus des penseurs, philosophes ou anthropologues que des écrivains – qui me démentent.
Je signalerai Mehdi Belhaj Kacem avec ce texte : https://www.apar.tv/societe/mehdi-belhaj-kacem-signe-la-lettre-ouverte-politique-la-plus-violente-du-21eme-siecle/
Voir aussi Michel Maffesoli et son Ére des soulèvements, livre à lire ABSOLUMENT par quiconque s’oppose au rouleau compresseur totalitaire.
On peut citer encore Loïc Chaigneau, philosophe, auteur de plusieurs ouvrages, à écouter ici par exemple, https://www.youtube.com/watch?v=tffxXz0XaCc
Mais, il y a quand même un écrivain, éditeur, traducteur qui sauve l’honneur, un homme libre qui a tout compris dès les premiers jours, et il s’agit de Slobodan Despot. J’en ai déjà parlé ici : https://www.legrandexil.com/slobodan-despot-lantipresse/
Magnifique …
Merci 🙏