20 mai 2022

Comment en est-on arrivé là ?

Par Philippe
© La Ballade de Buster Scruggs 

Une tentative d’introduction

Je n’ai pas l’air comme ça mais depuis au moins quatre mois – avec une intensité quintuplé depuis quatre mois, devrais-je dire, car je n’ai jamais cessé cette quête – j’essaie de comprendre comment on en est arrivé là. Je ne situerai pas sur une carte ce là, ce lieu : sauront où il se trouve ceux qui comprennent que la fatalité ne nous est pas tombée dessus il y a un peu plus de deux ans, ceux qui savent que la fatalité n’a que rarement sa part dans la vie des hommes. J’essaie de comprendre comment on en est arrivé là parce que j’espère trouver le remède pour en sortir. Mais, comment puis-je croire que j’aurais ce pouvoir ? Et qui veux-je sauver ? Moi-même ou le monde ?

Regarde ta vie, me dis-je, fais le bilan – je n’arrête pas de faire le bilan ! Aïe ! – et ne vois-tu donc pas que tu n’es pas capable de rester plus de quelques secondes en selle lors du rodéo quotidien ! Tous les jours, tu mords la poussière. Tous les jours, tu te carapates trop lentement et trop maladroitement pour éviter les coups de sabot. « Qui veut voyager loin ménage sa monture ! ». Et, toi, tu n’as toujours pas réussi à dompter cette monture, alors quant à sortir du paddock… La réalité est bien pire : tu ne sais même pas sur le dos de quelle espèce de bête tu fais tes courtes acrobaties ! Tu es aveuglé par la peur et très vite la poussière te brûle les yeux, trop vite pour que tu puisses reconnaître l’animal sauvage et indompté qui s’enfuit. Âne, autruche, bœuf, chameau, cheval, chèvre, cochon, dromadaire, éléphant, renne, yak, zèbre ? Allons ! Tu exagères quand même : rien qu’en essayant de t’accrocher à la bête, tu peux faire la différence entre un éléphant et un âne, entre un cochon et un yak ! Non ? Non : parce qu’il faudrait être certain, avoir la preuve que chaque jour c’est le même animal auquel je tente vainement de m’agripper. Si c’était le même animal, certain que j’aurais fini par l’apprivoiser et par me promener sur son dos par monts et par vaux, en paix et serein.

Oui, c’est tous les jours qu’il faut vivre ! Depuis tous ces mois plus intensément qu’auparavant, j’ai envie de fermer les volets vers midi. Non pas parce que le soleil tape trop fort mais parce que je ne vois pas le jour se lever. Je ne vois pas le jour se lever car je dors sans dormir. La réponse à la question qui me taraude : « comment en est-on arrivé là ? » ne cesse de m’échapper.

Alors, un matin, un vrai matin, ce n’est pas le premier matin de ce genre que j’ai vécu, je me suis réveillé avec la conviction d’être capable de chevaucher chimère elle-même ! J’avais enfin trouvé la réponse à ma question, pas vraiment la réponse, mais le remède qui permet de vous soigner de vos prurits de pensée – rien que d’y penser, je me griffe –, cette pensée qui est chez moi démangeaison, et je viens gratter cette croûte fragile qui s’est formée au dessus de la plaie purulente. Le questionnement quotidien ne peut être la réponse au questionnement lui-même. Seul l’abandon du questionnement vous sauve. Et cet abandon s’appelle Dieu. Je le rencontrai une fois encore parce qu’une nouvelle fois, c’est parmi ceux qui croient que je trouvai de l’apaisement. J’en avais assez de rédiger au quotidien mon livre de l’intranquillité. Je rédigeais peu, je rédigeais mal d’ailleurs, et je me rends compte de l’outrecuidance qui est la mienne d’oser me comparer à Pessoa. Le croyant est accueillant pour l’âme en peine que je suis, il est très miséricordieux et magnanime envers ma personne, même (et surtout !) quand j’ose attaquer sa foi. Il aime le taquin que je suis parce qu’il voit alors en moi un être qui se débat contre lui-même, un être qui appelle au secours, un être qu’il peut sauver. Que Dieu seul peut sauver. Malheureusement, je suis insecourable parce qu’incorrigible. Ceci peut-être parce que je ne peux me soumettre à aucune autorité, et à celle de dieu pas plus qu’à une autre. Parce qu’il aurait créé la vie ? Parce qu’il aurait sacrifié son fils pour nous absoudre de nos péchés ? Parce qu’il serait synonyme d’amour ? C’est vrai que je peux paraître ingrat car que demander de plus ? Je n’arrive pas à faire repentance, je resterai toute ma vie ce fils prodigue que le père ne reverra jamais ou plutôt qu’il verra revenir plusieurs fois, parce qu’il partira dilapider ce qu’il ne possède pas autant de fois que ça le démangera. J’abandonne Dieu peut-être parce que je sais que lui ne m’abandonnera jamais. Du moment que je n’offre pas mon âme au diable. Et Dieu sait que la tentation est grande !

Ayant quitté dieu, je me retrouvai à nouveau sur le dos de l’animal quotidien, cet inconnu. Mais, je n’étais pas revenu à mon point de départ. J’avais compris que la bête, c’était moi. Que faisais-je depuis quatre mois ? Concrètement, je veux dire. Je sondais les cœurs et les âmes et les textes, des cœurs et des âmes nouvelles et des textes « anciens » lus et parfois relus mais toujours mal lus finalement. Des textes qui ont cœur et âme, des cœurs et des âmes qui ont du Verbe. Je voulais d’une part que les cœurs et les âmes qui en étaient arrivés là me disent quel était le chemin qu’ils avaient pris pour ne pas sombrer dans la folie, et d’autre part que les textes me disent comment et pourquoi le monde avait sombré dans la folie. La folie que la raison ne peut raisonner, la folie qu’on ne peut pas écarter d’un revers de main, la folie qui veut vous entraîner dans sa folie, folie qui peut nous mener au cataclysme ultime. J’en demande beaucoup.

Il faudrait que vous regardiez La Ballade de Buster Scruggs, film des frères Cohen en six volets, et surtout celui qui s’intitule Gorge dorée pour comprendre quelle est ma méthode, une méthode que moi-même j’ai comprise en regardant ce film. C’est l’histoire d’un vieil orpailleur accompagné de son âne Lucky (il ne le chevauche pas !) que l’on voit sortir du bois. Il découvre la vallée splendide que quelques plans nous ont décrite auparavant, une vallée où le cerf vient boire paisiblement à l’eau limpide du ruisseau. C’est une vallée verdoyante encaissée au milieu d’une montagne aride et une forêt de conifères. Le vieil orpailleur y voit ce qu’il cherchait. La beauté et la configuration physique du terrain le convainquent qu’il est arrivé au bon endroit pour chercher de l’or. C’est le poète et le scientifique qui trouvent langue commune. Alors, le vieil orpailleur creuse un premier trou tout proche du ruisseau, il en retire un peu de terre qu’il nettoie dans l’eau à l’aide de son pan américain (c’est son espèce d’écuelle qui s’appelle comme ça). Après un long et patient tri, quelques minuscules pépites apparaissent. Il les compte et, à ma grande surprise, les abandonne à la rivière. Il creuse un autre trou à droite et ne trouve aucune pépite. Alors, il creuse à gauche et le nombre de pépites augmente et il augmente encore puis diminue et il creuse à gauche encore jusqu’à ce dernier trou où il ne trouve plus aucune pépite. II a sa base de recherche. Il sait qu’il y a une pépite, une grosse pépite, faut-il entendre, la pépite « mère » du filon, filon qu’il va falloir remonter sans savoir à quelle profondeur se trouvera cette pépite. Il mène un vrai travail dialectique allant d’induction en déduction, il résout une équation, et dialogue avec la montagne et le ciel. Et c’est au sommet du triangle rectangle que ses coups de pelle ont élaboré qu’il va trouver cette fameuse pépite. Triangle qui est le symbole de la trinité chrétienne mais aussi celui de la détermination. C’est donc la foi et le courage qui permettent de trouver l’or, l’espérance et la persévérance.

Et chaque jour, depuis quatre mois, plus intensément qu’avant, je doute et les bras m’en tombent. Je manque de foi et de courage, je manque d’espérance et de persévérance. Pourtant, je continue à creuser des trous, à fouiller la terre, bien malgré moi. Je continue puisque j’en suis arrivé là aujourd’hui. Ce ne sont certes que quelques pépites. Je sais que je ne trouverai jamais la pépite parce que se serait s’en remettre à dieu, et j’y reviendrai peut-être, et peut-être un jour définitivement. Mais, pour le moment, je ne le veux pas, quelque chose en moi ne le veut pas.

Pourtant, chaque texte que j’ai lu depuis tous ces mois, plus que lu, fouillé plus ou moins de fond en comble depuis ces mois, les textes que j’ai écrits, inachevés (parce qu’inachevable sauf par l’inachevable texte qui suivait), les cœurs et les âmes que je sondais, tous me ramenaient vers dieu. Je tournai en rond, je n’y arriverai donc pas. Je ne suis donc qu’un jouet entre les mains de dieu. Et ça, je ne peux l’accepter.

J’aurais dû me souvenir de l’Abécédaire de Gilles Deleuze. Non pas parce qu’il y dit que : « Ce que je reproche fondamentalement au chien, c’est d’aboyer. L’aboiement m’apparaît vraiment le cri le plus stupide. Dieu qu’il y a des cris dans la nature, il y a une variété de cris, l’aboiement c’est vraiment la honte du règne animal. » Et vous ne pouvez pas vous imaginer dans quel état me met un aboiement ! Rien que d’y penser, je grince des dents. On croirait qu’il s’agit de sa seule finalité. Dieu ayant inventé l’aboiement ne sut qu’en faire et il créa le chien. Passons ! L’Abécédaire commence par A comme animal, c’est la raison pour laquelle je parle de l’aboiement, et c’est un film dans lequel Gilles Deleuze est interrogé par Claire Parnet :

GD : Si on me demandait ce qu’est pour vous un animal, je répondrais c’est l’être aux aguets. C’est un être fondamentalement aux aguets.

CP: Comme l’écrivain?

GD: L’écrivain, oui, il est aux aguets, le philosophe il est aux aguets, évidemment on est aux aguets. Pour moi l’animal c’est, tu vois les oreilles d’un animal, il fait rien sans être aux aguets, on laisse jamais tranquille un animal, il mange, il doit surveiller si il lui arrive, quelque chose dans le dos, à côté etc. C’est terrible cette existence aux aguets.

« L’esprit philosophique se méfie d’abord de soi, de sorte que, pour lui, rendre des comptes, c’est en même temps savoir se juger. Le philosophe est celui qui ne croit en rien, parce qu’il est appelé à juger de tout. » (Vincent Citot, La Tentation métaphysique et l’exigence philosophique dans « Le Philosophoire », 1999/3 n° 9). « Se méfier d’abord de soi ». Philosopher, c’est être un animal aux aguets au carré ! C’est en lisant cet article de Vincent Citot que je compris pourquoi j’échouais sur les rivages du divin depuis tout ce temps. J’avais eu cette intuition très vite que se poser la question : « Comment en sommes-nous arrivé là, », c’était prendre le risque de la métaphysique, sans trop savoir ce qu’était vraiment la métaphysique.

Vincent Citot dans le même article :

« La métaphysique, comme la religion, place le désir de vérité plus haut que le désir de sagesse et de spiritualité. Une vérité tombée du ciel vaut mieux que pas de vérité. Pour le philosophe au contraire, pas de vérité vaut mieux qu’une vérité sans esprit et sans jugement − c’est pourquoi le philosophe est sceptique par nature et par exigence. Elle place la liberté au-dessus de la vérité, qui doit passer par elle. Le philosophe désire Dieu, mais soumet Dieu à son esprit singulier. Il est donc aussi foncièrement athée. Il est celui pour qui l’esprit ne s’incline devant rien, ne doit respect à rien, juge tout. (Note de moi-même : il est important de préciser, je crois, que le philosophe est athée dans sa pratique philosophique, pas forcément dans ses convictions personnelles). Prétention ? Oui, mais présomption, non. Car c’est avant tout de lui-même que l’esprit est comptable. L’esprit philosophique se méfie d’abord de soi, de sorte que, pour lui, rendre des comptes, c’est en même temps savoir se juger. Le philosophe est celui qui ne croit en rien, parce qu’il est appelé à juger de tout. La philosophie apparaît donc comme une discipline du jugement, une sagesse du jugement. On comprend enfin ce que signifie cette étymologie d’abord embarrassante :« amour de la sagesse ». La philosophie est moins désir de vérité que de sagesse, et c’est ce qui la distingue de la religion et la science qui désirent tout autant la vérité. Ce qui importe, ce n’est pas le désir de vérité, qu’elle partage avec ces deux-là, c’est la façon dont elle juge devoir et pouvoir y accéder. La science fait confiance dans l’expérience raisonnée, la religion dans la foi révélée, la philosophie ne fait confiance en rien et ne croit en rien. Enfin, elle postule a priori, comme on l’a vu, que la pensée est divine, mais cette postulation même est sa mauvaise conscience. La philosophie ne se sent à l’aise dans aucune postulation ou préjugé, car elle est la discipline du jugement. Elle ne peut avoir confiance ni dans l’expérience, ni dans la foi, ni dans la science, ni dans la religion. Le scepticisme dynamique, qui est cette méfiance systématisée, est la philosophie même. »

Je dois à ce texte mon apaisement ! L’apaisement de savoir que je ne pourrai jamais trouver l’apaisement. L’apaisement de savoir que la quête de la vérité est d’abord remise en cause de toute affirmation qui se présente comme telle. Oh ! Je dois dire que je préférerais vivre à une époque où c’est le dieu de la Bible qui est la vérité. Ces époques permettent à l’homme de vraiment philosopher à sa guise, aussi contradictoire que cela puisse paraître avec les affirmations de Citot. Mais oui ! Dieu est indispensable à la pensée, il est indispensable au doute puisqu’il nous débarrasse du fardeau de la vérité. Il nous fait ce cadeau et ainsi nous rend libres. D’ailleurs, la philosophie est née là où il y avait du dieu en pagaille. La vérité est là-haut, elle ne se trouve pas ici-bas. Je pense que le Moyen-âge échoue et se termine quand il veut prouver que la société féodale avec ses trois ordres, etc., représentait la Cité de Dieu sur terre ou quand la scolastique finit par étouffer la vérité divine sous l’amas de commentaires de commentaires des textes sacrés. On ne commente pas la vérité de dieu. Ainsi, peut-on facilement comprendre pourquoi il y a tant de croyants parmi nous. Quand on croit, on ne peut que se révolter contre la prétention des hommes de disposer de la vérité ! Il n’y pas plus sceptique que le croyant finalement, pas plus apte à philosopher que lui.

Quelle est cette vérité qu’on nous assène, devant laquelle il faudrait s’agenouiller depuis deux ans à s’en blesser les rotules à tel point qu’on risque de ne pouvoir s’en relever ; depuis deux ans encore plus fort qu’auparavant, plus fort que depuis deux siècles, depuis cette époque que je ne peux pas vraiment situer où on a commencé à disputer à Dieu la vérité ? On peut la trouver dans un des spots publicitaires que le ministère des Solidarités et de la Santé a diffusé en septembre 2021 et qui disait : « On peut débattre de tout, sauf des chiffres ». La religion (celle des juifs, des chrétiens ou des musulmans), la science et la philosophie se posent en fait la même question, à savoir : qu’est-ce qu’un être humain ? La religion et la science croient pouvoir répondre à cette question, le philosophe doute de toutes les définitions. Notre époque sans dieu l’aurait remplacé par la science, par l’expérience raisonnée. C’est ce que prétend nous dire ce slogan. Une science bien particulière, celle qui est devenue la reine des sciences : les mathématiques. Cette discipline s’est imposée petit à petit comme LA science, comme l’unique instrument de connaissance. Et ainsi, affirmer aujourd’hui que « On peut débattre de tout, sauf des chiffres », c’est affirmer que l’on ne peut débattre de rien puisque le chiffre a tout envahi, la mathématique et son outil-roi, l’algorithme, est ce qui doit présider à toute vie. TOUT doit être modélisable sous forme d’algorithmes, rien ne doit lui échapper. Aucun être humain ne doit lui échapper. Il s’agit de tout numériser et nous possédons enfin l’outil miraculeux qui permet de nous lancer dans cette aventure titanesque : l’informatique. Ne vous demandez pas plus loin pourquoi ce monde et les « élites » font de Bill Gates, leur nouvel évangéliste, leur nouveau prêcheur, leur nouveau pape. Il faut comprendre une chose terrifiante : ces personnes-là ne pensent pas ! Ils croient en l’algorithme, à sa vérité. Et quand leurs prédictions mathématiques se trompent, ils ont une parade toute trouvée : c’est parce que l’homme n’est pas encore assez numérisé, qu’il est encore trop irrationnel, encore trop perdu entre dieu et la philosophie. Certes, il font tout cela aussi et beaucoup pour l’argent. Mais, ils aiment l’argent non pas comme on l’aimait avant, en espèces sonnantes et trébuchantes, mais comme une potentialité représentée par un chiffre, un nombre que l’individu moyen a du mal à appréhender.

Je dis, oui, que nous devons être terrifiés par ceux qui cherchent à pétrifier l’être humain dans le silicone des circuits imprimés des ordinateurs. Nous devons être terrifiés comme on doit l’être devant le fou.

Tout ce qui se présente comme vérité a besoin de se justifier, et de surcroît quand il est le mensonge lui-même. Le diable ne montre jamais son vrai visage : il ferait fuir tout le monde. Cependant, le diable est vaniteux et quand il croit avoir la partie gagnée, il ne résiste pas à la tentation de parader, de sortir de son rôle de personnage énigmatique. Mais, le problème, notre problème vient du fait que pour reconnaître le diable, il faut connaître dieu. Et si ces personnages monstrueux peuvent aujourd’hui ainsi parader, se croire permis de prendre en mains la destinée de l’humanité, c’est parce qu’on ne sait plus (en Occident) ni reconnaître dieu, ce qui lui appartient, ni, par conséquent, oser une seule pensée.

On pourrait avoir l’impression que nous vivons dans un monde sans dieu. Nous sommes très présomptueux. Car dieu est un sacré farceur. Si on le chasse côté jardin, il rentrera côté cour en ayant pris le temps de se grimer afin d’être méconnaissable. Et c’est le diable qui fera son entrée en scène. Parce que l’homme a plus besoin de dieu que des philosophes, plus besoin d’assurance que de méfiance, plus besoin de vérité que de liberté. Plus besoin d’assurance que de méfiance. Plus besoin d’une vérité incontestable que de scepticisme. Il prend celle qu’on lui offre, celle qui a le meilleur plan marketing.

Nous vivons une période obscure où ce sont les plus idiots parmi les idiots qui sont au pouvoir (politique, médiatique, juridique, etc.). Des êtres qui ne pensent pas, des êtres qui ne croient en rien. L’arme de la foi ou de la pensée est complètement inefficace face à eux. C’est même la pire arme à utiliser, je le crains. Parce qu’ils croient vraiment en leur algorithme, parce qu’ils croient vraiment à l’infaillibilité de Bill Gates. Quand le chiffre est votre dieu, quand vous avez été « élevé » dans cette croyance comment ne pas croire celui qui a triomphé par le chiffre, grâce au chiffre ?

J’ai peur et il faut avoir peur car la peur est ce qui a permis à l’être humain de survivre parce qu’il a trouvé les moyens de la conjurer grâce à la pensée. Mais, quand la pensée n’a plus cours, quand la barbarie s’impose à nouveau – et le barbare contemporain ne parle même pas une autre langue, il est sans Verbe, il ne parle que chiffres –, je ne sais quel recours il nous reste ! Et je les vois et ils me font peur. Je vois la fuite ou la violence. Cette fuite et cette violence que le pouvoir nous impose depuis si longtemps.

© La Ballade de Buster Scruggs 

J’allais oublier de vous raconter la fin de l’histoire de notre orpailleur. En fait, je n’oubliais pas, je la gardais comme morale à la fable que nous vivons. Alors qu’il vient de découvrir la grosse pépite espérée au fond du trou et qu’il se donne entièrement à sa joie, une ombre vient assombrir l’éclat de l’or qu’il a devant les yeux. L’orpailleur a compris. Et apparaît derrière lui en haut du trou une silhouette floue que l’on devine tendant une arme dans sa direction. Et la silhouette, un jeune homme, tire dans le dos du vieil homme. Et le vieil homme s’écroule touché au niveau de l’omoplate droite. Le jeune homme attend d’être sûr que l’orpailleur est bien mort avant de descendre au fond du trou. Mais, les jeunes hommes sont présomptueux, surtout quand ils ne savent pas ce qu’est la patience qu’il faut avoir, le long et dur travail qu’il faut abattre pour trouver la pépite, la vérité. Et il ne va même pas jusqu’au bout de la cigarette qu’il vient de rouler et d’allumer. Il descend et alors le vieil homme se retourne et s’engage une lutte à mort – il n’y a pas d’autre issue – dont il sortira vivant, sa blessure par balle n’ayant touché rien d’important, comme il le crie lui-même.

Depuis deux ans, on tire dans le dos de celui qui cherche l’or de la vérité. L’un des symboles de cette quête est le Professeur Didier Raoult qui sait que la connaissance est un long cheminement qui demande patience et labeur. Il a eu contre lui la pire lie de l’humanité, la plus abjecte vermine rampante. On lui reproche de remettre de la pensée et du mystère dans l’être humain. Il revendique la médecine comme en étant un art, c’est-à-dire une pratique qui doit prendre en compte l’humain dans sa globalité, l’être humain vraiment vivant. Il ne s’agenouille pas devant le dogme du chiffre, et même dernièrement, il a osé démontrer que le chiffre loin d’être scientifique pouvait avoir une valeur « ésotérique », que le chiffre lui-même pouvait ne pas être modélisable ! On ne fait pas plus hérétique !

Nous devons rester aux aguets ! Ils vont continuer à tirer dans le dos à tout ce qui ressemble encore à un homme. Le pouvoir est impatient et attend de sauter dans le trou pour s’emparer définitivement de l’or pour le transformer – oh ! Diabolique alchimiste – , pour le transformer en plomb. L’algorithme est leur paradoxale pierre philosophale. Avons-nous les moyens de nous engager dans une lutte à mort ? Combien de fois me suis-je entendu dire, reprenant les mots du poète résistant René Char : « Face à tout, À TOUT CELA, un colt, promesse de soleil levant ! ». Mais, je n’ai pas de colt et saurais-je m’en servir ? Le jour venu, il sera encore temps d’y penser, je crois, s’ils nous acculent à cette extrémité. Je n’ai en fait pour toute arme que l’exercice de la pensée sous le regard bienveillant de dieu. C’est ce dont ils veulent nous priver et ainsi nous désarmer complètement.

J’avais besoin d’en passer par cette longue démonstration pour prouver le bien fondé de la quête dans laquelle je me suis lancé, pour comprendre quels étaient les moyens à ma disposition. Et ces moyens sont les cœurs, les âmes et le Verbe (les textes), ce qui résiste à l’algorithme, la seule chose qui peut sauver l’humanité : l’humain.

Philippe Menestret

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